Futurs billets en euros : les 10 concepts graphiques en lice
Selon la Banque centrale européenne, dix propositions de design sont désormais présélectionnées pour la prochaine série de billets en euros, et une enquête publique invite les citoyens à les départager.
Margaux Delattre·mis à jour 24 juillet 2026

Pour nous qui travaillons l’identité visuelle, c’est un rappel rare et très concret: peu d’objets graphiques doivent être à la fois vus par tous, manipulés chaque jour, compris instantanément et protégés contre la copie.
Les pistes retenues se répartissent entre deux thèmes, « culture européenne » et « fleuves et oiseaux ». Elles ne sont pas encore les futurs billets: elles ouvrent une phase de choix, puis de développement et de tests. Mais le geste est déjà significatif. Un billet n’est pas un simple support illustré; c’est une interface physique où l’image, la matière, la hiérarchie de l’information et les signes de sécurité doivent cohabiter sans créer de friction.
Une identité commune, sans effacer les usages
Comment représenter une Europe partagée sans la réduire à une collection de symboles décoratifs? C’est, au fond, la question que posent les deux directions créatives proposées par la BCE.
Le thème culturel cherche à inscrire les billets dans un récit collectif; celui des fleuves et des oiseaux privilégie un vocabulaire vivant, territorial et immédiatement lisible. Dans les deux cas, la difficulté ne sera pas seulement esthétique. Le visuel devra rester clair à plusieurs distances, résister à l’usure, permettre de distinguer rapidement les valeurs et conserver un confort de lecture pour des publics très différents.
La présélection résulte d’un concours européen ayant reçu plus de 1 200 candidatures de designers graphiques. Vingt-cinq d’entre eux ont été invités à produire des propositions, ensuite examinées par un jury indépendant de 21 experts issus notamment du design graphique, de la communication, des neurosciences et de l’histoire. Cette chaîne de décision dit quelque chose d’utile à notre métier: lorsqu’un objet est destiné à tout le monde, la force d’une image ne suffit jamais à elle seule. Elle doit aussi fonctionner dans un parcours réel.
Le public entre dans la boucle
La consultation en ligne ouverte par la BCE porte sur les dix concepts. Elle restera accessible jusqu’au 21 septembre 2026, tandis qu’une autre enquête, aux questions identiques, sera menée auprès d’un échantillon représentatif de citoyens de la zone euro par une société de recherche indépendante.
Cette étape ne transforme pas le vote en concours de popularité. La décision finale, attendue vers la fin de l’année, combinera les conclusions du jury, une évaluation technique et les résultats des deux enquêtes. C’est précisément ce croisement qui mérite notre attention: un design public ne se juge pas seulement à l’émotion qu’il déclenche sur un écran, mais à sa capacité à devenir familier sans devenir opaque.
La BCE prévoit également de publier un rapport une fois le concept final retenu. Pour les studios et designers, ce sera un document à surveiller: non pour y chercher une recette de style, mais pour observer la manière dont des retours citoyens peuvent dialoguer avec des contraintes de lisibilité, d’authentification et de fabrication.
Concevoir pour la main, l’œil et le temps long
Le design sélectionné sera encore développé et testé avant toute production. La nouvelle série doit intégrer des fonctions de sécurité améliorées, faciliter l’authentification et l’accessibilité, y compris pour les personnes malvoyantes. La BCE indique aussi vouloir réduire l’empreinte environnementale des billets, grâce à une meilleure durabilité ainsi qu’à des matériaux et procédés de production plus soutenables.
Voilà le point de méthode à retenir: avant de nous laisser séduire par un motif ou une palette, demandons-nous ce que le design permet réellement de faire. Reconnaître, toucher, vérifier, différencier, conserver — ces gestes simples sont la véritable expérience utilisateur du billet.
Les billets des séries précédentes garderont leur valeur et continueront de circuler avec les nouveaux lorsqu’ils entreront en circulation dans les années à venir. Entre-temps, cette refonte — la première complète depuis l’émission des euros en 2002 — offre un terrain d’observation exceptionnel: une identité visuelle ne devient publique que lorsqu’elle rend la vie un peu plus fluide à celles et ceux qui l’utilisent.