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Hanjimania : quand six designers réinventent le papier traditionnel coréen à Paris

Selon Sortir à Paris, l’Hôtel de la Marine accueillera du 10 au 27 septembre 2026 HANJIMANIA, une exposition où six designers et architectes français explorent le hanji, papier traditionnel coréen…

Margaux Delattre·mis à jour 21 juillet 2026

Hanjimania : quand six designers réinventent le papier traditionnel coréen à Paris

Selon Sortir à Paris, l’Hôtel de la Marine accueillera du 10 au 27 septembre 2026 HANJIMANIA, une exposition où six designers et architectes français explorent le hanji, papier traditionnel coréen fabriqué à partir de fibres de mûrier. Pour nous qui concevons des identités, des espaces ou des interfaces, l’intérêt ne tient pas seulement à la beauté du matériau: il rappelle qu’une surface peut aussi organiser la lumière, le geste et l’attention. À l’heure où tant de projets visuels cherchent la fluidité par l’écran, cette exposition remet le relief, la porosité et la lenteur au centre du parcours.

Le papier comme expérience spatiale

Le hanji est présenté comme un matériau fin, résistant et capable de filtrer la lumière. Ce sont précisément ces qualités qui déplacent le papier hors de son rôle habituel de support imprimé: il devient volume, enveloppe et ambiance.

Pierre Yovanovitch, Constance Guisset, Aline Asmar d’Amman, Studio KO, Harry Nuriev et Jérémy Pradier-Jeauneau ont chacun conçu une œuvre autour de cette matière. Lampes, mobilier et formes sculpturales doivent composer un décor où le papier peut être souple, plissé, voire architectural. Une question utile pour les créateurs graphiques se pose alors: que reste-t-il d’une identité lorsque sa matière ne se regarde plus seulement, mais se traverse du regard?

Quelques pièces annoncées donnent une première réponse. Bloom, de Constance Guisset, se déploie comme une fleur autour d’un bras en bois. Avec Aube, Studio KO associe deux feuilles de hanji à une structure en arc et un socle de granit. Pierre Yovanovitch joue, dans Lili, le contraste entre la lumière douce du papier, le bois sculpté et le métal laqué bleu.

Une leçon de hiérarchie sans écran

Dans un projet web comme dans une édition imprimée, nous cherchons souvent à réduire les frictions: mieux guider, mieux hiérarchiser, laisser respirer. Le hanji offre ici un vocabulaire très concret pour y penser. Sa capacité à tamiser plutôt qu’à bloquer la lumière parle de nuance; son apparente légèreté, associée à sa résistance, invite à ne pas confondre délicatesse et fragilité.

L’ensemble Artemis de Jérémy Pradier-Jeauneau mêle fauteuil, tressage, papier plissé et bois de cerf lumineux. Le designer assure également la direction artistique et la scénographie de l’exposition. Cette double position est significative: l’objet ne sera pas isolé de son contexte de présentation. Il faudra donc observer comment les œuvres construisent un rythme collectif, entre regard rapproché, circulation et confort visuel.

Ce qu’il faudra regarder à l’Hôtel de la Marine

Coorganisée avec la province sud-coréenne du Gyeongsang du Nord, l’exposition s’inscrit dans Paris Design Week et les Journées européennes du patrimoine, à l’occasion du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée. Mais le point le plus fécond pourrait être ailleurs: dans la rencontre, annoncée par les organisateurs, entre création contemporaine française et savoir-faire coréens.

Pour notre pratique, la bonne question n’est pas de reproduire un effet de papier plissé dans une charte ou une page d’accueil. Il s’agit plutôt de regarder ce que la matière rend possible: une lumière moins frontale, une structure perceptible sans être lourde, une expérience qui laisse au visiteur le temps de s’orienter. C’est souvent là que commence une identité visuelle vraiment habitée.