Peinture, design, art contemporain... Cinq expositions qui méritent un détour au mois d’août dans le Sud-Ouest
Comme le propose Sud Ouest dans sa sélection estivale, le Sud-Ouest français continue de vibrer au rythme des expositions — et plusieurs rendez-vous parlent directement à celles et ceux qui…
Margaux Delattre·mis à jour 03 août 2026

a dit qu'en août, les regards créatifs devaient s'éteindre avec la lumière du jour? Comme le propose Sud Ouest dans sa sélection estivale, le Sud-Ouest français continue de vibrer au rythme des expositions — et plusieurs rendez-vous parlent directement à celles et ceux qui dessinent, conçoivent et illustrent. Cinq étapes à savourer entre cosmologies peintes, hommage au design d'objet et étals imaginaires, avant que la rentrée ne rattrape tout le monde.
Pauline Deltour: la densité d'une trajectoire
Au Musée des arts décoratifs et du design (madd) de Bordeaux, une rétrospective rend hommage à Pauline Deltour (1983-2021), figure aussi discrète que prolifique du design d'objet contemporain. En à peine dix ans, elle aura signé près de 180 pièces pour une cinquantaine de marques — un rythme peu commun, qui mérite qu'on s'y arrête. L'exposition réunit dessins, maquettes, photographies et réalisations, offrant un matériau rare: voir comment une pensée formelle se construit, s'itère et s'affine entre exigence industrielle et douceur d'usage. Pour nous, designers et graphistes, c'est une leçon silencieuse sur la patience du détail, sur cette manière de laisser une signature s'installer sans jamais crier.
Royan et Anglet: l'image comme matière à penser
À Royan, le Centre d'arts plastiques accueille Richard Texier pour « Cosmologie », jusqu'au 30 août. L'artiste, né en 1955, tire ses paysages des forces qui dépassent l'échelle humaine — vent, océan, temps géologique. Certaines toiles naquirent dans son atelier de l'île de Ré, d'autres lors d'une résidence au phare de Cordouan en 2003. Les grands formats prolongent d'ailleurs « Élastogenèse », théorie née de l'observation des murmurations d'étourneaux. De quoi nous rappeler, en tant que praticiens de l'image, combien le motif organique peut devenir langage graphique lorsqu'on accepte de lui laisser toute son amplitude.
À Anglet, le Centre d'art contemporain se transforme en marché imaginaire avec « Tutti Frutti » jusqu'au 29 août. Dix-huit artistes déploient peintures, sculptures et installations à même le sol — on y croise les natures mortes de Georges Braque et Max Ernst, un commerce participatif de Takako Saito, figure de Fluxus, ou les fruits monumentaux de Manuel Wroblewski. Juste en face, à la Villa Beatrix Enea, lettres, manuscrits et photographies racontent plus de trente ans d'amitié entre Jean Cocteau et le compositeur Igor Markevitch, grand espoir de la musique moderne de l'entre-deux-guerres. Deux visages de la création contemporaine qui dialoguent par la matière et par la mémoire — et qui, mine de rien, interrogent nos propres choix de mise en scène.
Garder l'œil en mouvement, même au loin
Pour celles et ceux qui aiment suivre la circulation internationale des formes, signalons aussi l'exposition Ongoing/Pacific Crossings, présentée à la Richmond Art Gallery au Canada jusqu'au 4 octobre. Elle réunit une douzaine d'artistes japonais et canadiens, fruit d'un partenariat de sept ans avec l'Art Center Ongoing de Tokyo — une fenêtre sur l'art émergent nippon, utile pour entretenir sa culture visuelle au-delà des frontières européennes.
Alors, par où commencer? La précision de Deltour, les cosmos de Texier ou la poésie d'étal d'Anglet? Dans tous les cas, une chose est sûre: la rentrée graphique se prépare dès cet été, et chaque visite peut devenir matière à projet. Le réflexe à garder en tête, avant de reprendre les dossiers: prendre le temps de regarder sans but précis, laisser l'œil se déshabituer de l'écran, puis noter ce qui résiste. C'est souvent dans ces marges-là que naissent les bonnes idées de septembre.