Scroll infini : faut-il abandonner la pagination ?
La plupart des pages web se parcourent désormais en faisant défiler l’écran. Le geste est devenu si naturel qu’on ne le remarque presque plus.

Scroll infini: faut-il abandonner la pagination?
Pourtant, derrière ce mouvement apparemment anodin se cache un choix de conception qui influence profondément l’expérience utilisateur, le référencement naturel, les performances et l’accessibilité d’un site.
Le scroll infini, popularisé par les réseaux sociaux et les flux d’actualités, s’est imposé comme une évidence pour beaucoup de concepteurs. Il donne une impression de continuité, réduit le nombre de clics et encourage la découverte. Mais est-il vraiment la réponse universelle ? Et la pagination, souvent perçue comme un vestige du web d’hier, mérite-t-elle qu’on la relègue aux oubliettes ?
La question mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle touche à quelque chose de fondamental dans notre métier : comment organiser l’accès à l’information sans créer de friction, sans perdre l’utilisateur en chemin et sans compromettre la découvrabilité des contenus ? Il n’y a pas de réponse absolue. En revanche, il existe des critères de décision très concrets.
L’héritage du scroll infini: de l’invention d’Aza Raskin à l’usage massif
Tout commence en 2006, quand Aza Raskin, alors designer chez Humanized, imagine une interface où le contenu se charge automatiquement à mesure que l’utilisateur descend dans la page. L’idée est simple : supprimer le clic sur la page suivante pour créer un flux continu, sans interruption visible.
Le concept trouve rapidement son terrain naturel dans les réseaux sociaux et les flux d’actualités. Sur Facebook, Twitter ou Instagram, le contenu est par nature renouvelé en permanence. On ne cherche pas nécessairement une publication précise ; on parcourt un ensemble de contenus, on s’arrête lorsqu’un élément attire l’attention, puis on reprend la navigation. Le flux n’a pas vraiment de fin et l’utilisateur n’a pas besoin de connaître sa position exacte dans l’ensemble.
Ce qui rend le scroll infini si séduisant, c’est qu’il accompagne un comportement déjà présent chez les utilisateurs. Le défilement est un geste continu, peu coûteux sur le plan moteur et plus passif qu’un clic volontaire sur un lien. En supprimant la décision de passer à la page suivante, on réduit une forme de friction. Le contenu arrive au moment où l’utilisateur atteint la limite de ce qui est déjà affiché.
Mais une solution conçue pour un fil d’actualités ne se transpose pas mécaniquement à un catalogue de produits, à un blog technique ou à un site institutionnel. Ces interfaces n’ont pas la même logique. Dans un flux social, la découverte est souvent l’objectif. Dans une boutique, l’utilisateur compare, mémorise des références et cherche parfois à retrouver un élément précis. Dans une documentation, il veut comprendre une information, revenir à un passage ou partager une page identifiable.
Le vrai sujet n’est donc pas de savoir si le scroll infini est bon ou mauvais. Il faut plutôt se demander ce que l’utilisateur essaie de faire, quelle structure possède le contenu et quelle place la navigation occupe dans le parcours.
Du fil continu à l’interface de catalogue
Le succès du scroll infini a aussi produit un effet de mode. Beaucoup de sites l’ont adopté parce qu’il évoquait les usages mobiles et les grandes plateformes numériques, sans vérifier si la continuité du flux servait réellement leur contenu.
Or, l’absence de pagination ne rend pas automatiquement une interface plus moderne. Elle peut simplement dissimuler la structure de l’information. Un portfolio de designer peut tirer profit d’un chargement progressif si les projets sont visuels et facilement identifiables. À l’inverse, une liste de réalisations classées par année, secteur ou type de prestation aura parfois besoin de filtres, d’ancres et d’URL distinctes.
La question de l’ergonomie du scroll infini ou de la pagination ne se règle donc pas avec une préférence esthétique. Elle se règle en observant la relation entre le contenu, l’intention et le niveau de contrôle nécessaire.
Psychologie de la navigation: pourquoi le scroll infini modifie l’engagement
Quand nous faisons défiler une page sans interruption, quelque chose change dans notre manière de nous orienter. La pagination crée des unités distinctes : une page commence, se termine, puis laisse place à la suivante. Le scroll infini efface ces frontières. L’utilisateur avance dans un espace qui semble ne jamais s’arrêter.
Cette continuité procure une sensation de fluidité. On ne se demande pas toujours s’il faut cliquer, attendre ou choisir la page suivante. On se laisse porter par le contenu. Pour une expérience de découverte, cette absence de coupure peut être très efficace : une image en appelle une autre, une actualité en suit une précédente, un projet stimule la curiosité pour le suivant.
Mais la fluidité n’est pas synonyme de clarté. Plus l’utilisateur avance, plus il peut perdre la trace des éléments déjà consultés. Il ne sait pas nécessairement combien de contenus restent à parcourir, ni à quelle position il se trouve dans la liste. S’il quitte la page puis revient en arrière, il peut retrouver un état différent, avec une position de défilement mal restaurée ou un contenu rechargé de manière imprévisible.
Le scroll infini ne supprime pas la friction : il la déplace. Il transforme l’effort du clic en effort de localisation et de mémoire.
C’est un point que nous, concepteurs, avons parfois tendance à sous-estimer. Le confort apparent du défilement continu masque une réalité simple : l’utilisateur a besoin de repères, même lorsqu’il ne les réclame pas explicitement.
Quand l’engagement devient une perte de contrôle
Le scroll infini peut augmenter le temps passé sur une interface parce qu’il rend la poursuite immédiate. Il n’y a pas de rupture nette qui invite à s’arrêter. Cette caractéristique est utile pour les services fondés sur la consultation répétée de contenus. Elle devient plus ambiguë lorsque l’utilisateur vient accomplir une tâche.
Sur une page de résultats, par exemple, l’objectif n’est pas forcément de rester longtemps. Il peut s’agir de trouver un produit adapté, de comparer plusieurs offres ou de vérifier une information. Dans ce cas, prolonger la navigation n’est pas nécessairement un signe de réussite. L’utilisateur doit pouvoir comprendre ce qu’il a déjà vu, affiner sa recherche et revenir à une sélection précédente.
La pagination a ici un avantage important : elle matérialise la progression. Une page numérotée, un total de résultats, une indication du nombre d’éléments chargés ou une barre de progression donnent un cadre à la consultation. Même si l’utilisateur ne lit pas chaque indication, leur présence renforce la compréhension de l’espace parcouru.
La mémoire de navigation compte autant que la vitesse
Une bonne interface ne se contente pas de faire apparaître le contenu rapidement. Elle permet aussi de le retrouver. C’est particulièrement important dans les portfolios, les galeries et les catalogues, où l’utilisateur peut repérer une référence sans être prêt à agir immédiatement.
Avec un scroll infini mal conçu, le retour vers une position précédente peut devenir pénible. Après l’ouverture d’un projet ou d’une fiche produit, l’utilisateur revient sur une liste qui n’a pas conservé son état. Les éléments sont rechargés, l’ordre a changé ou le navigateur le replace au mauvais endroit. Le problème ne vient alors pas du défilement lui-même, mais d’une absence de stratégie pour préserver le contexte.
La pagination n’est pas parfaite pour autant. Elle peut ralentir la consultation, multiplier les clics et rendre l’exploration moins spontanée. Elle fonctionne mieux lorsque les pages sont réellement utiles comme unités de navigation, et non lorsqu’elles découpent artificiellement une liste que l’utilisateur aurait intérêt à parcourir d’un seul mouvement.
Scroll infini, pagination et bouton « Charger plus »: trois modèles à distinguer
Le débat oppose souvent deux solutions, alors qu’un troisième modèle mérite une place à part. Entre la pagination classique et le chargement automatique, le bouton « Charger plus » permet de conserver une partie de la continuité tout en laissant à l’utilisateur le contrôle du rythme.
| Critère | Pagination classique | Scroll infini | Bouton « Charger plus » |
|---|---|---|---|
| Geste utilisateur | Clic vers une page ou une étape | Défilement continu | Clic volontaire pour afficher la suite |
| Repérage dans la liste | Très bon si les pages sont identifiées | Faible sans repères supplémentaires | Correct, avec un compteur ou un état visible |
| Contrôle du rythme | Élevé | Faible | Élevé |
| Découverte spontanée | Limitée | Très forte | Bonne |
| Retour vers un élément | Facile si les URL et l’état sont conservés | Parfois difficile | Plus simple si la liste conserve sa position |
| Indexation | Naturellement compatible avec des URL distinctes | Nécessite une architecture dédiée | Compatible si une pagination accessible existe en parallèle |
| Accessibilité | Généralement maîtrisable | Délicate lorsqu’elle est automatique | Plus prévisible si le bouton et les mises à jour sont correctement annoncés |
| Contextes pertinents | Résultats, archives, catalogues structurés | Flux, inspiration, contenus continus | Galeries, listes de projets, catalogues et portfolios |
La pagination structure l’information en unités discrètes. Le scroll infini privilégie la continuité et la sérendipité. Le bouton « Charger plus » crée quant à lui un point d’arrêt explicite : l’utilisateur peut poursuivre sans changer de page, mais le site ne décide pas seul de la suite de son parcours.
Cette distinction est particulièrement utile pour un portfolio de design graphique. Une grille de projets peut rester visuellement fluide tout en proposant un bouton lorsque les premiers éléments ont été consultés. L’utilisateur conserve l’impression d’un espace cohérent, sans être soumis à une succession automatique de chargements.
Les limites techniques et SEO: le défi de l’indexation des contenus
C’est ici que la discussion devient plus technique, mais aussi plus concrète. Les moteurs de recherche explorent les pages en suivant des liens et en découvrant des URL. Ils ne reproduisent pas nécessairement le comportement d’un utilisateur qui ferait défiler un écran jusqu’à provoquer plusieurs chargements dynamiques.
Si une interface affiche seulement une première série d’éléments dans le code initial, puis récupère les suivants par une requête déclenchée au défilement, les contenus additionnels peuvent être difficiles à explorer. Le problème est encore plus marqué lorsque le chargement ne laisse aucune URL distincte et qu’il n’existe pas de liens accessibles vers les autres ensembles de résultats.
Imaginons un catalogue qui présente quelques produits au chargement, puis en ajoute de nouveaux à chaque arrivée en bas de page. Pour l’utilisateur, la liste semble complète et continue. Pour un robot, la découverte peut s’arrêter au premier groupe si aucune structure de navigation ne permet d’atteindre la suite.
La solution n’est pas forcément d’abandonner le scroll infini. Il faut plutôt concevoir une architecture qui ne dépende pas exclusivement du comportement de défilement. Les différents ensembles de contenus peuvent être accessibles par des URL distinctes, avec des liens réels entre eux et une version de navigation qui reste compréhensible même lorsque les scripts ne sont pas exécutés comme prévu.
Une interface continue, des URL qui restent distinctes
L’idéal est souvent de dissocier la présentation et la structure. L’interface peut donner l’impression d’un flux continu, tout en reposant sur des pages ou des états identifiables. Lorsqu’un utilisateur arrive sur une URL correspondant à un ensemble de résultats, il doit pouvoir comprendre où il se trouve et accéder aux éléments attendus.
Cette logique vaut également pour un portfolio. Chaque projet important doit posséder sa propre page, avec un titre clair, un contenu pertinent et une URL partageable. Une grille chargée progressivement ne doit pas devenir le seul endroit où les réalisations peuvent être découvertes.
Le bouton « Charger plus » peut s’intégrer à cette stratégie, à condition de ne pas être le seul mécanisme de découverte. Une pagination sous-jacente, des liens vers des pages de collection ou une organisation par catégories peuvent rendre les contenus atteignables sans reproduire chaque interaction visuelle de l’interface.
Une interface peut être fluide pour l’utilisateur sans devenir opaque pour les moteurs de recherche.
Il faut aussi prendre en compte les performances. Charger de nombreux éléments, en particulier des images haute définition, peut alourdir la page et augmenter la consommation de données. Le chargement différé des images, la définition de dimensions réservées et la réduction du poids des médias sont essentiels pour éviter les décalages de mise en page. Un scroll infini qui ajoute du contenu sans maîtriser le volume du DOM peut également devenir moins réactif au fil de la consultation.
La pagination limite naturellement la quantité d’éléments présents sur une page. Le bouton « Charger plus » offre davantage de souplesse, mais il doit être accompagné d’une gestion attentive des ressources. Dans un portfolio, il est rarement utile de charger automatiquement toutes les images si l’utilisateur ne les verra peut-être jamais.
Accessibilité et conformité: le bouton « Charger plus » comme compromis
L’accessibilité numérique ne peut plus être traitée comme une finition ajoutée à la fin du projet. Elle concerne la structure du contenu, les interactions, la navigation au clavier, les annonces faites aux technologies d’assistance et la capacité à comprendre l’état de l’interface.
Il faut toutefois être précis lorsqu’on évoque le cadre réglementaire européen. L’European Accessibility Act ne soumet pas indistinctement tous les sites web à une obligation générale identique. Il concerne certaines catégories de produits et de services, selon leur nature, leur public et le cadre juridique applicable. La mise en conformité dépend donc du contexte du projet : type d’activité, statut de l’organisation, service proposé, pays concerné et éventuelles règles nationales complémentaires.
Autrement dit, on ne peut pas affirmer que l’EAA impose automatiquement à chaque site internet de respecter exactement les mêmes obligations. En revanche, cela ne réduit pas l’importance de l’accessibilité. Même lorsqu’une obligation réglementaire spécifique ne s’applique pas directement, elle reste une exigence de qualité, d’inclusion et de robustesse à vérifier dès la conception.
Ce que le scroll automatique complique
Le scroll infini automatique pose plusieurs difficultés pour les personnes qui naviguent au clavier ou utilisent un lecteur d’écran. Le contenu peut apparaître sans action explicite, modifier la position de l’utilisateur dans la page et rendre moins évidente la frontière entre ce qui était déjà présent et ce qui vient d’être ajouté.
Une personne qui avance avec la touche de tabulation peut atteindre la fin de la liste sans comprendre qu’un nouveau contenu sera chargé plus tard. Un lecteur d’écran peut annoncer les mises à jour de manière insuffisante ou, au contraire, interrompre une lecture en cours si les changements sont trop intrusifs. La navigation devient alors imprévisible.
Le problème ne vient pas uniquement du défilement. Un bouton mal codé, une mise à jour non annoncée ou un focus déplacé au mauvais endroit peuvent rendre n’importe quel modèle difficile à utiliser. Mais le scroll automatique cumule plusieurs risques : il retire une partie du contrôle, modifie le contenu de façon dynamique et rend la progression plus difficile à interpréter.
Pourquoi le bouton donne un meilleur point d’appui
Le bouton « Charger plus » offre une action identifiable. L’utilisateur décide quand il souhaite poursuivre, peut s’arrêter avant le chargement suivant et comprend plus facilement ce qui vient de se passer. Pour les technologies d’assistance, cette interaction est également plus prévisible, à condition que le bouton soit réellement accessible au clavier, correctement nommé et associé à une gestion cohérente du focus.
Après le chargement, il faut notamment éviter de renvoyer systématiquement l’utilisateur au début de la page. Le focus peut rester sur le bouton, ou être déplacé de manière logique lorsque cela facilite la lecture du nouveau contenu. La zone mise à jour doit être annoncée sans interrompre inutilement le parcours. Ces détails relèvent de l’implémentation, mais ils ont un effet direct sur l’expérience.
La conformité ne se résume pas non plus à ajouter un bouton visible. Il faut tester l’ensemble du parcours : navigation au clavier, ordre de tabulation, intitulés, contraste, comportement avec un lecteur d’écran, conservation de la position et possibilité d’atteindre le pied de page. L’accessibilité est une propriété de l’interface complète, pas celle d’un composant isolé.
Choisir selon l’intention utilisateur et le type de site
Après avoir examiné les avantages et les fragilités de chaque modèle, la question pratique reste la même : comment décider pour un projet donné ? La réponse tient moins à la tendance du moment qu’à l’intention de navigation.
Quand le scroll infini est pertinent
Le scroll infini peut être un bon choix lorsque le contenu est réellement continu et que l’utilisateur vient principalement découvrir. C’est le cas des flux éditoriaux, des plateformes d’inspiration, de certaines galeries et des interfaces où chaque élément est autonome.
Il fonctionne mieux lorsque les contenus sont visuellement homogènes, que les cartes sont courtes et que l’utilisateur n’a pas besoin de comparer méthodiquement plusieurs éléments. Des repères complémentaires restent utiles : filtres persistants, catégories visibles, bouton de retour en haut, indicateur de chargement et conservation de la position.
Le scroll infini devient moins pertinent lorsque la liste possède un début et une fin significatifs, lorsque l’ordre des éléments a une valeur ou lorsque l’utilisateur doit pouvoir revenir rapidement vers une référence précise.
Quand privilégier la pagination
La pagination est adaptée aux résultats de recherche, aux archives, aux catalogues structurés et aux contenus consultés par étapes. Elle donne une forme claire à l’ensemble et facilite le partage d’un état précis de la liste.
Elle est également pertinente lorsque l’utilisateur compare des éléments. Une page de résultats stable permet de mémoriser plus facilement les positions, de revenir à une sélection et de comprendre l’évolution d’un filtre. Dans une interface professionnelle, cette prévisibilité peut compter davantage qu’une impression de fluidité.
La pagination ne doit toutefois pas devenir un obstacle artificiel. Des pages trop courtes, des liens difficiles à atteindre ou la disparition des filtres à chaque changement d’étape peuvent annuler ses bénéfices. Elle mérite le même soin de conception qu’un scroll infini.
Quand choisir « Charger plus »
Le bouton constitue souvent un compromis solide pour les listes de projets, les portfolios et les galeries. Il évite de multiplier les pages tout en empêchant le contenu d’arriver sans prévenir. Il laisse également au designer une grande liberté visuelle : la grille peut s’allonger naturellement, sans rupture graphique trop marquée.
Pour qu’il fonctionne bien, il doit rester prévisible. L’utilisateur doit savoir si d’autres éléments sont disponibles, combien ont déjà été chargés et ce qui se produira après l’action. Lorsque la liste est terminée, le bouton doit disparaître ou être remplacé par une information claire, plutôt que de rester inactif sans explication.
Une grille de portfolio peut par exemple afficher une première sélection de travaux, proposer des filtres par discipline ou secteur, puis permettre de charger la suite à la demande. Chaque réalisation importante reste accessible sur une page dédiée. On obtient ainsi une expérience visuelle fluide sans sacrifier la structure éditoriale.
Les questions qui doivent guider le choix
Avant de trancher entre scroll infini ou pagination pour l’ergonomie web, il est utile de répondre à quelques questions très concrètes :
1. L’utilisateur explore-t-il ou cherche-t-il un élément précis ?
La découverte favorise le flux continu. La recherche d’un résultat identifiable appelle davantage de repères et de contrôle.
2. Le contenu est-il réellement illimité ?
Un flux d’actualités peut se renouveler sans fin. Une archive ou un catalogue possède généralement une structure finie qu’il vaut mieux rendre visible.
3. L’ordre des éléments a-t-il une importance ?
Si l’utilisateur doit comparer, mémoriser ou retrouver des contenus, la stabilité de la liste devient prioritaire.
4. Le référencement naturel joue-t-il un rôle stratégique ?
Chaque contenu important doit rester atteignable par une URL identifiable, quel que soit le mode d’affichage choisi.
5. Le site doit-il répondre à des exigences réglementaires spécifiques ?
Il faut vérifier le statut du service et les obligations applicables, sans transformer l’European Accessibility Act en règle universelle pour tous les sites.
6. Le parcours est-il utilisé sur mobile, au clavier ou avec une technologie d’assistance ?
Le contexte d’usage doit être testé, pas déduit de l’apparence de l’interface.
7. Que se passe-t-il lorsque l’utilisateur revient en arrière ?
La position, les filtres, les résultats déjà chargés et les paramètres de recherche doivent être préservés autant que possible.
Les détails techniques qui font la différence
Le modèle choisi ne suffit jamais à garantir une bonne expérience. Deux interfaces utilisant le même principe peuvent produire des résultats radicalement différents selon leur implémentation.
Le premier point concerne l’état de chargement. Lorsqu’un utilisateur clique sur « Charger plus » ou atteint la fin d’un flux, il doit comprendre si le site travaille, s’il n’y a plus de contenu ou si une erreur s’est produite. Un indicateur discret, un texte explicite et un état désactivé pendant la requête évitent les clics répétés et l’incertitude.
Le deuxième concerne la position de défilement. Après l’ouverture d’un projet, le retour vers la liste doit ramener à l’endroit où l’utilisateur se trouvait. Ce comportement est particulièrement important dans les galeries et les portfolios, où les visuels sont nombreux et où une perte de contexte oblige à tout parcourir de nouveau.
Le troisième concerne le pied de page. Avec un scroll infini automatique, il peut devenir pratiquement inaccessible : chaque arrivée en bas déclenche un nouveau chargement. Or, le pied de page contient souvent des informations utiles, des coordonnées, des liens légaux ou des accès secondaires. Un bouton de chargement volontaire ou une pagination permet de préserver un véritable point final.
Il faut aussi penser aux filtres. Un utilisateur qui sélectionne une catégorie ne doit pas perdre ce choix à chaque nouveau chargement. Les filtres doivent rester visibles ou facilement accessibles, et leur état doit être compréhensible lorsque les résultats changent.
Enfin, les médias doivent être chargés avec mesure. Dans un portfolio de design graphique, la tentation est grande de présenter de grandes images pour valoriser le travail. Mais une longue liste de visuels lourds peut ralentir le chargement initial et rendre le défilement saccadé. Le chargement différé, des formats adaptés, des dimensions prévues à l’avance et une hiérarchie claire entre aperçu et détail sont souvent plus efficaces qu’une accumulation d’images.
La fluidité ne consiste pas à faire disparaître toutes les pauses. Elle consiste à rendre chaque pause compréhensible et utile.
Tester la navigation plutôt que défendre une préférence
Les arguments généraux aident à cadrer une décision, mais ils ne remplacent pas les tests. Le bon modèle dépend du contenu, du public et de la tâche à accomplir. Une équipe peut comparer plusieurs variantes en observant des indicateurs simples : capacité à retrouver un élément, compréhension de la position dans la liste, conservation des filtres, accès au pied de page et réussite de la navigation au clavier.
Il est également utile de tester des scénarios différents. Une personne qui découvre un portfolio n’a pas le même comportement qu’une personne venue vérifier une réalisation précise. Un visiteur mobile ne rencontre pas les mêmes contraintes qu’un utilisateur au clavier. Un lecteur d’écran ne perçoit pas la hiérarchie visuelle de la même façon qu’une personne qui voit la page.
Les tests doivent donc porter sur le parcours complet, et pas seulement sur la sensation de vitesse. Une interface peut sembler très agréable lors d’une première visite, puis devenir pénible dès qu’il faut revenir en arrière, partager une page ou comparer deux contenus éloignés.
La mesure doit rester interprétée avec prudence. Un temps passé plus long ne signifie pas toujours que l’expérience est meilleure. Il peut signaler une découverte réussie, mais aussi une difficulté à trouver une information. De la même manière, un nombre élevé de contenus consultés peut traduire de l’intérêt ou une navigation qui empêche l’utilisateur de s’arrêter facilement.
Le choix n’est pas binaire
Le scroll infini n’est pas mort, mais il n’est pas non plus la réponse universelle qu’on a voulu en faire. C’est un outil puissant dans le bon contexte et un piège dans le mauvais.
Pour de nombreux projets web — portfolios, sites institutionnels, catalogues, blogs techniques — le bouton « Charger plus » offre un compromis intéressant. Il conserve une sensation de continuité, tout en donnant à l’utilisateur un contrôle explicite sur la suite de son parcours. Il peut s’intégrer à une architecture SEO solide et faciliter une interaction plus prévisible pour les personnes utilisant le clavier ou des technologies d’assistance.
La pagination classique reste un choix parfaitement valide pour les contenus structurés, les résultats de recherche et les interfaces dans lesquelles la navigation par étapes aide à se repérer. Elle n’est pas moins professionnelle parce qu’elle paraît moins spectaculaire. Lorsqu’elle correspond à la logique du contenu, elle est souvent la solution la plus lisible.
Quant au scroll infini automatique, gardons-le pour les contextes où il fait véritablement sens : flux, découverte, inspiration et expériences où la continuité constitue une partie du produit. Même dans ces cas, il faut prévoir des repères, préserver la position de navigation, rendre les contenus atteignables autrement et vérifier les exigences d’accessibilité qui s’appliquent au projet.
La bonne question n’est donc pas de choisir entre pagination vs scroll infini comme s’il fallait défendre une doctrine. Il s’agit de déterminer quel modèle respecte le mieux l’intention de l’utilisateur, la structure des contenus et les contraintes du site. L’ergonomie d’un site web ne se mesure pas au nombre de clics supprimés, mais à la facilité avec laquelle chacun peut comprendre, parcourir et retrouver ce qu’il est venu chercher.
Questions fréquentes
Le scroll infini est-il meilleur que la pagination ?
Quand utiliser le bouton « Charger plus » ?
Le scroll infini nuit-il au référencement naturel ?
Pourquoi le scroll infini peut-il poser des problèmes d’accessibilité ?
Comment préserver la position de l’utilisateur avec un scroll infini ?
Par Margaux Delattre