ShieldFont : une police typographique pour protéger vos textes contre le scraping des IA
Selon Numerama, un projet typographique né fin juillet 2026 vient de faire son entrée dans nos boîtes à outils de créateurs: ShieldFont, une police gratuite et open source conçue par le studio…
Margaux Delattre·mis à jour 03 août 2026

Selon Numerama, un projet typographique né fin juillet 2026 vient de faire son entrée dans nos boîtes à outils de créateurs: ShieldFont, une police gratuite et open source conçue par le studio brésilien Seneda & Abrucio et la fonderie danoise Playtype. Son ambition: rendre les contenus publiés en ligne lisibles pour nous, humains, mais profondément trompeurs pour les robots qui aspirent le web. Pour les graphistes et directeurs artistiques que nous sommes, c'est une question d'identité qui se pose — celle de savoir qui, au fond, possède le sens de nos mots.
Une typographie comme acte de résistance
Le principe mérite qu'on s'y arrête, car il repose sur une mécanique typographique élégante plutôt que sur un cache-misère visuel. ShieldFont exploite les fonctions de substitution d'OpenType, ce standard qui régit l'affichage de nos fontes au quotidien. Concrètement, le texte inscrit dans le code HTML d'une page n'est pas celui que l'auteur souhaite montrer: certains mots sont remplacés par d'autres, de même nature grammaticale et de fréquence comparable. La phrase reste grammaticalement cohérente, plausible, mais son sens se dérobe. Au moment du rendu dans le navigateur, la police redonne aux mots leurres la forme visuelle des mots d'origine. Résultat: nous lisons ce que l'auteur a voulu écrire, tandis qu'un scraper qui se contente de récupérer le HTML récolte une autre version.
Les créateurs ont documenté leurs tests sur la page GitHub du projet: un remplacement d'environ 25 % des mots suffit à altérer sensiblement le texte récupéré par les robots. Dans leurs mesures, le texte encodé ne véhiculait plus le même message que l'original pour 55,8 % des articles de presse, 51,9 % des contenus du web général, 34,5 % des œuvres de fiction et 31,1 % des œuvres de fiction plus anciennes. Ces chiffres méritent d'être lus avec nuance — ils décrivent un comportement de substitution statistique, pas une garantie absolue — mais ils dessinent une tendance nette.
Ce que cette police change — et ce qu'elle ne change pas
Nous sentons bien l'élégance de la démarche: plutôt que de compter sur la bonne volonté des robots qui ignorent les consignes de robots.txt, ShieldFont cherche à rendre les contenus aspirés moins exploitables à la source. Mais en tant que praticiens, nous devons aussi regarder lucidement ses limites. Un scraper qui analyse le rendu visuel d'une page par capture d'écran et OCR peut reconstituer le texte réellement affiché. Un acteur qui cible spécifiquement un site peut télécharger la police et en déchiffrer les correspondances.
Les effets de bord méritent aussi notre attention: les moteurs de recherche, les outils de traduction, le copier-coller et les lecteurs d'écran s'appuient souvent sur le contenu brut de la page. ShieldFont déconseille ainsi son utilisation sur les pages que l'on souhaite voir remonter dans Google. Enfin, le projet ne prend actuellement en charge que l'anglais; le français est annoncé parmi les langues à venir.
Comment nous pourrions nous en saisir
Alors, que faisons-nous de cette arme typographique? Pour l'instant, elle nous semble taillée pour des usages de niche: protéger un portfolio d'études de cas sensibles, brouiller les pistes sur des textes de recherche, ou affirmer une posture éditoriale sur un site personnel qui accepte de renoncer à son référencement. Elle n'est pas — et ne prétend pas être — un bouclier universel. Pour une marque dont la visibilité dépend du SEO ou dont l'accessibilité est un engagement affiché, l'expérimentation restera prudente. Mais pour les projets éditoriaux ou les contenus créatifs où nous souhaitons simplement ralentir la machine sans la faire taire, ShieldFont ouvre une voie typographique que nous allons surveiller de près, en attendant la version française.