Small Batch Studio : quand le design culinaire redéfinit nos interactions sociales
Selon Creative Boom, Small Batch Studio fête ses dix ans en montrant comment le design peut faire de l’alimentation autre chose qu’un sujet de packaging: un outil pour rendre visibles nos distances…
Margaux Delattre·mis à jour 21 juillet 2026

Selon Creative Boom, Small Batch Studio fête ses dix ans en montrant comment le design peut faire de l’alimentation autre chose qu’un sujet de packaging: un outil pour rendre visibles nos distances, nos habitudes et nos liens. Le studio basé à Séoul associe communication visuelle, installations et ateliers interactifs autour d’une idée simple, mais exigeante pour nous, designers: l’expérience ne commence pas à l’écran ni sur l’emballage, elle commence dans la relation que l’on propose aux personnes.
Un sachet de thé comme interface relationnelle
Deux inconnus, une ficelle de 3,6 mètres, un sachet de thé noué entre eux: dans le projet Connecting Tea, les participants tirent doucement chacun de leur côté jusqu’à trouver une distance confortable, puis préparent le thé à cet endroit précis. Le dispositif paraît ludique; il sert pourtant à matérialiser la proximité physique, émotionnelle et sociale entre les personnes.
C’est une leçon utile pour le design numérique comme pour le print. Nous parlons volontiers de parcours utilisateur, de points de contact, de fluidité. Mais que mesure réellement notre interface? Une succession d’actions optimisées, ou le degré de confiance qu’elle permet d’installer? Ici, aucun écran ne vient expliquer le geste: la matière, le temps et la distance font office d’interface. L’expérience devient lisible parce qu’elle est vécue.
Depuis 2018, l’atelier a été proposé en Corée et au Japon. Sa force tient moins à une esthétique spectaculaire qu’à sa capacité à créer un prétexte commun, particulièrement précieux lorsque les participants ne se connaissent pas.
Cartographier ce que les recettes racontent
Avec Recipes Are on the Map, Small Batch Studio superpose des recettes manuscrites à des cartes. Le projet suit ainsi les trajectoires mouvantes de l’identité migrante, à travers des plats, des souvenirs et des déplacements qui ne se laissent pas enfermer dans une seule géographie.
Pour les créatifs, le choix est parlant: une recette est déjà une forme de système graphique. Elle organise des étapes, transmet une mémoire, admet les variations et porte la trace de la personne qui l’a écrite. En la faisant dialoguer avec la carte, le studio ne plaque pas une identité visuelle sur un récit; il donne au récit une structure dans laquelle nous pouvons circuler.
À Séoul, où, d’après le studio, une large part des habitants vit seule et beaucoup viennent d’autres régions de Corée, cette recherche prend une résonance concrète. Le design n’y prétend pas résoudre l’isolement: il crée plutôt des conditions plus douces pour commencer une conversation.
Une boîte à outils qui assume l’intervention humaine
Le langage visuel de Small Batch Studio ne cherche pas à imiter la nature. Ses cartes de parcours dessinées à la main et ses outils aux couleurs fluorescentes signalent volontairement l’intervention humaine dans l’expérience alimentaire. Roues de saveurs, illustrations de tomates anciennes, calendrier des marées: les couleurs très saturées ne décorent pas l’information, elles attirent notre attention sur le fait qu’un regard est en train d’organiser le réel.
C’est sans doute le point à retenir pour nos projets de marque et d’édition: avant de choisir une palette ou un dispositif participatif, demandons-nous quelle relation il rend possible. Une bonne expérience ne se contente pas d’être confortable visuellement. Elle laisse aussi à chacun une place claire, un geste compréhensible et assez d’espace pour que la rencontre ait lieu.