iF Design on the Experience of Everyday Life
Selon PRINT Magazine, la réflexion portée par iF Design déplace l’évaluation d’un projet graphique: l’objet ne doit plus être jugé comme une forme isolée, mais comme une suite d’interactions.
Maxence Prieur·mis à jour 09 septembre 2026

Cette approche concerne directement les portfolios, les identités de marque et les projets éditoriaux, où la lisibilité ne se limite jamais à l’apparence d’une page ou d’un écran. Le critère décisif devient ce que le lecteur comprend, fait et anticipe après le premier contact.
Le design ne s’arrête pas à la surface
Les catégories professionnelles séparent habituellement le branding, le packaging, le design numérique, le produit ou l’espace. Dans l’usage quotidien, ces frontières disparaissent. Une personne voit un objet en rayon, reconnaît un nom, saisit un emballage, cherche une information, l’ouvre, puis décide de l’action suivante. Elle ne perçoit pas cinq disciplines distinctes, mais une expérience continue.
Cette continuité modifie la manière d’évaluer une identité visuelle. Un logotype peut être distinctif sans être suffisamment lisible. Une grille peut être cohérente sans guider correctement la lecture. Un emballage peut attirer l’œil tout en compliquant l’ouverture ou l’accès à l’information. Dans chacun de ces cas, la qualité formelle ne garantit pas l’efficacité de l’ensemble.
Pour un projet print, il faut donc observer plusieurs niveaux en même temps: la hiérarchie visuelle, le contraste, le rythme de lecture, la relation entre texte et image, mais aussi les gestes induits par le support. Une couverture est vue avant d’être lue. Un catalogue est parcouru avant d’être consulté en détail. Une boîte est manipulée avant que son système graphique soit compris. Le design organise ces séquences, qu’il les ait explicitement prévues ou non.
Le packaging comme scénario d’usage
Le cas du Dwell Dripper pour Verve Coffee Roasters, cité dans l’analyse de PRINT Magazine, sert d’exemple à cette logique. Le projet ne traite pas l’emballage comme une simple surface destinée aux signes graphiques. La forme, le matériau, l’information et l’interaction sont considérés comme un seul système.
Le point est technique. Un emballage protège et contient un produit, mais il doit aussi capter l’attention, transmettre des informations et produire des attentes en quelques secondes. Après l’achat, il est encore saisi, lu, ouvert, déplacé et rangé. Sa fonction ne s’achève donc pas au moment où il quitte le rayon.
Cette séquence fournit une grille utile pour les projets de portfolio. Il ne suffit pas de montrer une vue frontale du packaging ou une planche de déclinaison. Il faut rendre visible le comportement du système: quelle information apparaît en premier, comment le regard circule, où se situe le point d’ouverture, ce qui se passe une fois le produit sorti. Sans ces éléments, la présentation risque de documenter une apparence plutôt qu’une expérience.
La même exigence vaut pour l’édition. Une publication peut multiplier les niveaux de titres, les graisses et les signes de navigation sans créer une hiérarchie réellement fonctionnelle. L’enjeu n’est pas d’ajouter des composants, mais d’aligner chaque décision sur une action attendue: identifier, comparer, poursuivre, revenir en arrière ou s’arrêter.
Ce que cette approche change dans un portfolio
L’analyse associée aux lauréats de l’iF DESIGN AWARD 2026 défend une idée simple: la pertinence d’un projet dépend moins de l’artefact seul que de ce qui se produit autour de lui. Pour un portfolio, cela impose de présenter les conditions d’usage, pas uniquement les résultats finaux.
Il faut notamment vérifier trois points. D’abord, la reconnaissance: le projet permet-il d’identifier rapidement une marque, une rubrique ou une fonction? Ensuite, l’action: les choix de composition indiquent-ils clairement ce qui doit être fait ensuite? Enfin, la continuité: le langage visuel reste-t-il stable lorsque le support, le format ou le contexte changent?
Cette méthode protège aussi contre un risque fréquent: confondre singularité et efficacité. Une identité peut se distinguer par son crénage, sa palette ou une construction typographique inhabituelle, mais perdre sa fonction dès que la taille diminue ou que le support devient dense. La robustesse doit être testée dans les usages ordinaires, là où le design est consulté rapidement, manipulé sans attention particulière ou rencontré hors de son contexte de présentation.
Le verdict est pragmatique: un projet ne doit pas seulement être clair, mémorable ou visuellement maîtrisé. Il doit structurer la relation entre une personne et un environnement conçu. C’est à ce niveau que le branding, l’édition, le packaging et le numérique cessent d’être des compartiments et deviennent les différentes faces d’un même problème: organiser l’expérience sans ajouter de friction.