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L'art de la mise en scène : leçons de design derrière Spider-Man

Dans un entretien relayé par Deadline, le directeur artistique Charles Wood revient sur la manière dont il a traduit visuellement la solitude de Peter Parker.

Margaux Delattre·mis à jour 16 août 2026

L'art de la mise en scène : leçons de design derrière Spider-Man

Parfois, c'est un marqueur sur une feuille de papier qui nous rappelle pourquoi nous aimons ce métier. Cette semaine, deux histoires venues de l'univers Spider-Man: Brand New Day ont croisé notre chemin de designers, et toutes deux racontent, à leur manière, le pouvoir d'un choix visuel — qu'il soit pensé dans les moindres détails par un directeur artistique ou improvisé au fond d'un couloir de cinéma.

Quand l'isolement devient un décor

Le personnage, encore marqué par la perte des siens, s'est convaincu que l'isolement était le prix à payer pour être Spider-Man. Wood avait pour mission de rendre cette absence visible à l'écran — un travail que nous, designers, connaissons bien: raconter sans mots, par l'espace, la lumière et la matière.

C'est un exercice que nous pratiquons quotidiennement dans nos interfaces. Quand un parcours utilisateur se vide, quand un élément de navigation s'efface, c'est souvent le silence visuel qui parle le plus fort. Le directeur artistique d'un blockbuster et la personne qui conçoit nos parcours numériques partagent au fond la même obsession: donner du sens à ce qui n'est pas là.

Quand un croquis dépasse la campagne officielle

L'autre histoire, rapportée par Comic Basics, est à l'opposé des projecteurs hollywoodiens. Dans un cinéma Famous Players 6 de Prince George, en Colombie-Britannique, les supports promotionnels officiels de Spider-Man: Brand New Day n'étaient jamais arrivés. Plutôt que de laisser un mur vide, le gérant a demandé à Drake Landon, jeune artiste de dix-neuf ans en poste au cinéma, de dessiner une affiche de remplacement.

Landon a d'abord proposé de dessiner le vrai Spider-Man, puis s'est rangé, sur insistance de son manager, à une version « Spooder-Man » — ce mème MS Paint au style volontairement maladroit, apparu en ligne vers 2012. Il a ajouté en bas de l'affiche, à la main, une note manuscrite: « Sorry! We never recieved the real posters! Sorry for any inconviniences! », fautes comprises. La photo, partagée d'abord sur Facebook puis sur Reddit, a engrangé des dizaines de milliers de votes positifs et s'est propagée jusqu'aux bureaux de Cineplex, où la vice-présidente communications Michelle Saba a salué l'initiative, l'équipe s'étant simplement amusée en attendant l'arrivée de l'affiche officielle.

Le poster a pourtant été retiré sur instruction du siège, par souci de conformité avec l'usage non officiel du personnage. Landon, resté d'abord anonyme par crainte d'être accusé d'avoir inventé l'histoire, a depuis confirmé son identité et prévoit de tirer une série limitée pour les fans qui demandent à acheter leur propre exemplaire. Pour un film déjà recordman de durée dans la franchise, c'est un pied de nez savoureux: un dessin au marqueur, pensé pour tenir une seule rotation, qui éclipse le temps d'un week-end la communication officielle du studio.

Ce que ça nous laisse, entre deux écrans

Que retenir, en tant que concepteurs et conceptrices d'identités visuelles? D'abord, que la cohérence graphique d'un univers — celle que Charles Wood construit pour le film — reste un socle. C'est elle qui donne au public un cadre stable, lisible, sur lequel viennent ensuite se greffer les interprétations. Ensuite, que l'authenticité d'un trait manuscrit, d'une erreur assumée, d'un message griffonné à la hâte, continue de désarmer les audiences saturées de contenus léchés. Landon, qui dit préférer dessiner des robots et des machines pendant son temps libre, a touché quelque chose de vrai: la friction visible d'un geste humain vaut parfois plus qu'une retouche Photoshop.

À nous, dans nos prochains projets, de nous demander où se situent nos marges d'imperfection assumée — et quels silences visuels nous pouvons laisser respirer.