Nouveaux billets en euros : les défis graphiques de la future monnaie européenne
Selon Paris Match Belgique, la Banque centrale européenne a dévoilé dix pistes graphiques pour la prochaine série de billets en euros, soumises à l’avis du public jusqu’au 21 septembre 2026.
Margaux Delattre·mis à jour 25 juillet 2026

Pour nous qui regardons les objets du quotidien comme des interfaces, le sujet dépasse largement le portefeuille: un billet est un support minuscule, manipulé vite, vu dans des conditions imparfaites, et pourtant chargé de représentation collective. Le choix final doit intervenir à la fin de l’année 2026; la mise en circulation, elle, n’est attendue que dans quelques années.
Un billet n’est jamais seulement une image
Les billets actuels reposent sur des motifs architecturaux et des ponts. Les propositions présentées par la BCE changent de registre avec deux thèmes: « culture européenne » et « fleuves et oiseaux ». Certaines planches associent les deux, avec un thème au recto et l’autre au verso.
C’est là que le travail devient intéressant pour les designers. Comment faire cohabiter une figure culturelle, un monument, un oiseau ou un paysage sans transformer la surface en affiche illustrative? Sur un billet, chaque motif doit contribuer au parcours du regard: distinguer une coupure, trouver ses repères, comprendre l’objet en quelques secondes. Le décor ne peut pas prendre le pas sur cette fluidité.
Parmi les personnalités évoquées dans les projets figurent notamment Maria Callas, Marie Curie et Léonard de Vinci. Les pistes autour des oiseaux font apparaître, elles, le martin-pêcheur, la mésange ou la cigogne. Ces choix racontent une Europe plus incarnée — mais ils soulèvent aussi une question de design de marque: une identité commune peut-elle rester lisible lorsqu’elle veut représenter tant de récits?
Dix planches, six valeurs, une contrainte d’usage
Les dix propositions couvrent les deux faces des six billets actuellement en circulation: 5, 10, 20, 50, 100 et 200 euros. Les billets de 500 euros ne sont plus émis depuis 2019. Les projets ont été retenus à l’issue d’un concours ouvert dans l’Union européenne, qui a réuni 1 200 candidatures.
Ce cadre rappelle une réalité souvent oubliée dans les portfolios: le beau ne suffit pas lorsqu’un objet doit fonctionner à très grande échelle. Un système graphique gagne en force quand ses règles résistent aux variations de format, de valeur et de contenu. Ici, la cohérence devra se jouer d’une coupure à l’autre, sans effacer les différences nécessaires entre elles.
D’après Capital, les propositions consacrées à la culture associent les personnalités à des scènes génériques au verso; le thème des fleuves et oiseaux prévoit de son côté un élément aquatique et un oiseau pour chaque valeur, avec des institutions européennes représentées au verso. Autrement dit, les planches ne cherchent pas une image unique: elles esquissent une véritable grammaire visuelle.
Regarder avant de voter
La consultation publique peut sembler symbolique, mais elle donne accès à une étape rarement visible: celle où une institution teste la manière dont elle souhaite se montrer. Avant de choisir un visuel, regardons donc moins le motif qui nous séduit immédiatement que le système qu’il construit.
Retrouve-t-on facilement une valeur? Les rectos et versos dialoguent-ils sans se répéter? Les éléments culturels apportent-ils une présence, ou seulement de la densité? Ce sont des questions utiles bien au-delà de la monnaie, pour toute identité qui doit rester claire dans la main, à l’écran et dans la mémoire. La bonne pratique, ici, consiste à traiter l’ornement comme un repère au service de l’usage — jamais comme une couche ajoutée après coup.