Packaging de luxe : comment la durabilité réinvente l'identité visuelle
D'après un décryptage publié par Creative Boom, le studio anversois WeWantMore a repensé l'identité de BRU, eau pétillante belge historiquement liée à la restauration gastronomique.
Maxence Prieur·mis à jour 15 septembre 2026

Repenser le packaging de luxe: la contrainte durable comme levier graphique
L'opération, conduite pour le groupe Spadel, déplace la fonction première de l'emballage: il ne s'agit plus d'attirer l'œil en rayon, mais de s'imposer comme un objet digne de la table. La marque puise ses origines au XVIIe siècle, dans la mise en bouteille de l'eau de source de Stoumont, au cœur des Ardennes.
Méthode avant style: le cas BRU
Le studio assume un changement de paradigme. Là où la majorité des projets de packaging cherchent à capter l'attention en un temps record — la fameuse seconde de regard en linéaire —, BRU s'extrait de cette logique. La marque vise un usage en salle, où la bouteille devient composante du rituel plutôt qu'argument d'achat.
La traduction graphique se veut mesurée. Palette resserrée autour d'un bleu marine profond, retenu pour ses connotations raffinées et son ancrage direct à l'élément eau. L'emblème existant — un cerf bondissant — est retravaillé en silhouette élancée, sculpturale, sans tomber dans la minimisation à outrance qui aurait effacé toute signature. La typographie, colorée et décorative, préserve sa lisibilité grâce à un usage discipliné des blancs et à une hiérarchie visuelle assumée.
Le slogan retenu, « Some things just belong on the table », formalise cette ambition: faire de la bouteille un objet d'exposition, non un argumentaire de vente.
Trois signaux convergents
L'initiative WeWantMore s'inscrit dans une série de mouvements récents. Design Week rapporte le lancement d'un système d'emballage mondial par Misfits et Interact Brands, dont les partis pris graphiques ne sont pas encore détaillés publiquement. Du côté des distinctions, EIN News signale qu'Edible Heritage, projet du designer E G Sain, obtient une médaille d'argent à l'A' Packaging Design Award.
Pour Packaging Gateway, ces cas convergent vers un programme sectoriel: la refonte des packagings de luxe sous contrainte de durabilité. L'angle mérite d'être manipulé avec prudence, tant les communications officielles du secteur confondent encore régulièrement engagement réel et couche verte marketing.
Principes opérationnels pour le studio
Trois règles émergent de l'ensemble. Premièrement, définir la fonction de l'emballage avant toute décision esthétique: linéaire, table, cadeau, transport — chaque contexte dicte ses contraintes propres et exige une grille modulaire adaptée. Deuxièmement, accepter qu'une identité historique puisse être modernisée par soustraction plutôt que par accumulation d'effets graphiques superflus. Troisièmement, reconnaître que la typographie décorative conserve sa pertinence en packaging de luxe, à condition d'être contrebalancée par un crénage rigoureux et une hiérarchie typographique lisible en petits formats.
Le packaging durable, dans sa meilleure expression, n'est pas un catalogue de matériaux recyclés: c'est un exercice de hiérarchie graphique assumée, où la contrainte matérielle devient un cadre structurant plutôt qu'un argument décoratif.