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Pourquoi les projets personnels restent indispensables à votre pratique créative

Quand un designer se retrouve seul face à une feuille blanche, sans brief ni client à satisfaire, quelque chose de particulier se joue.

Margaux Delattre·mis à jour 31 août 2026

Pourquoi les projets personnels restent indispensables à votre pratique créative

C'est précisément ce territoire que le magazine Étapes interroge dans un récent article: à l'heure où la recherche personnelle devient visible, partageable et même monétisable, quelle place reste-t-il pour les projets menés sans autre destin que soi-même?

La question mérite qu'on s'y attarde, nous qui travaillons au quotidien sur des interfaces et des identités commandées. Car derrière chaque projet personnel se cache une mécanique que la commande ne sait pas offrir: celle de l'erreur assumée, du détour imprévu, de la piste qu'on abandonne sans avoir à rendre de comptes.

L'espace où l'on s'autorise à ne rien produire d'utile

Un projet personnel commence presque toujours par une absence. Personne ne l'a demandé, aucun cahier des charges ne cadre la réponse, aucun budget ne borne le temps qu'on y consacre. Pour un designer habitué aux commandes, ce vide modifie profondément la posture. Il autorise des recherches qu'aucun contexte professionnel ne permettrait de défendre: s'imposer une règle absurde, explorer un outil qu'on maîtrise mal, revenir au geste manuel, dessiner une famille typographique dont personne n'a besoin.

L'école l'a bien compris. Shillington, par exemple, recommande encore les « passion projects » et les briefs auto-initiés pour développer une compétence, sortir de sa zone de confort et enrichir un portfolio. Le conseil peut sembler classique, mais il révèle une vérité souvent oubliée: une grande partie de notre progression tient à notre capacité à nous fabriquer nos propres problèmes — non plus à répondre correctement à une demande, mais à décider seuls ce qui mérite d'être poursuivi.

La carrière comme piège de continuité

Car une trajectoire tend naturellement à produire de la répétition. Un designer identifié pour son travail éditorial recevra davantage de projets éditoriaux; un studio reconnu pour ses identités culturelles sera sollicité sur des terrains voisins. Cette cohérence nourrit l'expérience et la réputation, mais elle peut aussi nous enfermer dans ce que nous savons déjà bien faire.

Les projets personnels offrent alors une échappatoire discrète: ils permettent d'introduire une rupture sans attendre qu'un client en prenne le risque. Le parcours de Jordan Coelho, alias Oelhan, en donne un exemple parlant. Interviewé par Étapes en 2022, ce motion designer racontait avoir appris After Effects en autodidacte pendant son BTS de design graphique, puis diffusé ses expérimentations sur Tumblr et Instagram. La pratique régulière lui a permis d'acquérir ses compétences en animation, de développer progressivement son univers visuel et d'obtenir ses premiers contrats grâce au travail montré en ligne.

Ce qu'on peut en tirer, concrètement

Alors, à quoi servent encore ces projets? À nous rappeler qu'une partie essentielle de notre métier ne se joue pas dans la livraison, mais dans la recherche elle-même. À entretenir cette part de liberté qui fait la singularité d'une pratique. Et, plus simplement, à garder la main sur ce que nous voulons devenir — avant que la commande ne décide pour nous.

La prochaine fois que vous hésiterez à lancer un projet sans destinataire précis, rappelez-vous ceci: c'est peut-être dans cet espace sans contraintes que se dessine, en filigrane, la direction que vos prochaines commandes n'osent pas encore prendre.