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Weavers of Film : quand le tissage traditionnel inspire l'identité visuelle du festival Manaki

L'identité visuelle de la 47e édition du Festival international du film des frères Manaki, qui se tient du 19 au 25 septembre à Bitola, s'intitule « Weavers of Film ».

Maxence Prieur·mis à jour 18 août 2026

Weavers of Film : quand le tissage traditionnel inspire l'identité visuelle du festival Manaki

Tisserands de pellicule: anatomie de l'identité « Weavers of Film »

Selon le média macédonien Sloboden Pečat, elle est signée par l'illustratrice et graphiste Vanja Štrkova, membre de l'équipe New Moment, et s'appuie sur un parallèle construit entre l'art du tissage et la fabrication cinématographique. Le festival est organisé par la Société des cinéastes de Macédoine (DFRM), avec le soutien de l'Agence du film, de la municipalité de Bitola et de la Cinémathèque de Macédoine.

Une métaphore indexée sur une mémoire nationale

Le système ne part pas d'un concept abstrait: il s'ancre sur un fait historique précis. Les frères Manaki ont réalisé la première prise de vues animée dans les Balkans — un repère fondateur que le festival mobilise depuis longtemps. Štrkova convertit cette origine en équation visuelle: fil, geste, récit. La caméra et le rouet, deux instruments manuels, se rejoignent dans l'affiche autour d'un même fil conducteur.

Dimitrija Doksevski, directeur du festival, inscrit l'édition dans une chronologie élargie: de Baba Despina, figure de la tradition orale macédonienne, jusqu'aux cinéastes contemporains, en passant par « Frosina », premier long-métrage national dont l'héroïne est elle-même tisseuse. Le directeur rappelle que 2027 marquera les 75 ans du film, ce qui amplifie la portée symbolique du motif. L'identité agit ici moins comme un exercice de style que comme un dispositif de signalisation temporelle — elle situe l'édition dans une chaîne, plutôt que de l'isoler.

Trois signatures, trois matières, un même fil

La construction repose sur trois contributions distinctes. Štrkova tient la direction artistique et signe l'affiche principale. Kiro Urdin, artiste reconnu sur la scène internationale, apporte une œuvre intégrée au système. Goran Tačevski, photographe avec plus de cinquante ans de carrière et des collaborations documentées avec Vogue, Elle, Harper's Bazaar, Le Monde et The New York Times, injecte une matière documentaire — un portrait de la Macédoine pensé comme matériau cinématographique.

L'enjeu graphique tient à la cohabitation de ces trois registres sans dilution. Tačevski ancre le réel, Urdin apporte l'épaisseur picturale, Štrkova opère la suture par une grille commune. Cette structure tripartite évite l'écueil du système décoratif et installe une densité narrative utile à un festival dont l'identité doit supporter une diffusion longue: affiche, programme, scénographie, communication numérique, objets dérivés. Le risque habituel des dispositifs multi-signatures — la fragmentation — est ici neutralisé par le motif récurrent du fil, qui fonctionne comme colonne vertébrale typographique et iconique.

Ce que l'épreuve du festival dira

L'affiche pose l'équation; le festival la mettra à l'épreuve des supports dérivés. La métaphore du fil devra prouver sa capacité à se déplier sans s'user, à tenir dans les petits formats comme dans la scénographie de la cérémonie d'ouverture. Le vrai test interviendra dans la déclinaison concrète, lorsque l'ensemble du dispositif visuel convergera vers un même récit. Pour les praticiens du branding culturel, cette identité mérite d'être suivie comme un cas d'étude — entre ancrage mémoriel, direction artistique assumée et gestion rigoureuse d'un système à plusieurs mains.