Design monétaire : les coulisses créatives des futurs billets en euros
Beauxarts et Ouest-France, un vote public est ouvert pour désigner le graphisme des futurs billets en euros. Plusieurs projets, déclinant des thématiques comme Léonard de Vinci, l'ornithologie ou l'architecture, sont soumis au choix des citoyens.
Maxence Prieur·mis à jour 11 août 2026

Les graphistes derrière ces propositions dévoilent en parallèle les coulisses de leur travail — un exercice de transparence inhabituel pour un support d'ordinaire verrouillé par les institutions monétaires.
Trois entrées thématiques, une logique figurative
Léonard de Vinci, les oiseaux, l'architecture — les orientations affichées par les projets en lice signalent un parti pris résolument figuratif et narratif. Pour un billet de banque, c'est un choix de lisibilité: la reconnaissance immédiate de la valeur faciale et de la zone géographique prime sur toute sophistication formelle. La contrainte pèse sur chaque décision graphique. Le motif doit fonctionner du portefeuille au guichet automatique, de l'impression offset à la reconnaissance tactile, sans céder à la tentation décorative. Les thématiques retenues offrent un terrain d'expérimentation mesuré — assez d'accroche culturelle pour différencier les coupures, assez d'universalité pour rester lisible hors de la zone euro.
La méthode exposée au public
La démarche place le billet dans le champ du design graphique soumis au jugement collectif — non plus seulement à celui des banques centrales. Pour les studios impliqués, exposer les arbitrages techniques (grille modulaire, gestion des pleins et des déliés, hiérarchie des éléments visibles et invisibles) revient à justifier chaque choix devant un public non spécialisé. C'est une pédagogie forcée qui rejoint la pratique de tout projet d'identité à grande diffusion: la simplicité apparente du résultat final exige en amont plusieurs itérations rigoureuses, où chaque détail se pèse en fonction de contraintes techniques multiples.
Un précédent immédiat et ce qu'il reste à observer
Ce mouvement de mise en lumière des coulisses graphiques n'est pas isolé. Fin juillet 2026, le nouveau logo de l'équipe de France de football a été révélé, en parallèle de la nomination de Zinédine Zidane comme sélectionneur. D'après ICI, sa conception est portée par le studio Solstices (Paris, 11 personnes), avec Louis Torres — graphiste originaire de Bourges — parmi des membres de l'équipe retenue par la Fédération française de football. Le designer évoque « plusieurs mois de réflexion, d'échanges et d'ajustements » sur des paramètres précis: posture, proportions, crête, plumes, courbes, espacements, direction du regard. « Pour arriver à quelque chose d'aussi simple, il faut plusieurs mois de réflexion », résume-t-il — un constat qui s'applique mot pour mot à la contrainte bancaire.
Reste à confirmer: la date de clôture du scrutin, la liste exhaustive des projets en lice pour les billets et l'identité précise des studios. Côté FFF, l'identité globale annoncée par Louis Torres — au-delà du seul coq — n'a pas encore été révélée dans ses déclinaisons. Deux projets qui convergent vers une même règle du design institutionnel: la contrainte de diffusion massive impose une épuration formelle que seul un travail technique long et structuré permet d'atteindre.